
PRÉSIDENCE DE LA RÉPUBLIQUE ______
DISCOURS DE M. LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE
Mamoudzou (Mayotte) - Lundi 18 janvier 2010
Suite....2
Durant toute cette période, vous n’avez pas changé d’attitude : de la manière la plus ferme, vous exigiez de devenir un département.
Le 29 mars 2009, nous nous sommes engagés, ensemble, dans cette voie ! A plus de 95%, vous avez dit « oui » à la départementalisation.
Cette départementalisation, je vous l’avais promise dans la « lettre aux Mahorais », que j’ai envoyée à chacun d’entre vous le 14 mars 2007. Je vous le dis, ce ne fut pas été facile, il a fallu convaincre bon nombre de parlementaires en métropole. Mais j’ai tenu bon, parce la promesse que j’avais faite aux Français de Mayotte, j’avais le devoir moral de la tenir. Je considère que chaque territoire de l’Outre-mer doit pouvoir s’organiser selon les modalités que ses habitants auront choisies. C’est cela, la nouvelle relation que je veux insuffler entre la métropole et ses Outre-mer : plus de confiance réciproque, plus de responsabilités, avec une seule ligne rouge que je ne franchirai jamais : celle de l’indépendance. Je veux le dire de la façon la plus nette : tant que je serai en responsabilité, je n’accepterai jamais que l’on conteste l’appartenance de nos territoires d’Outre-mer à la République française. Je veux être entendu ici et ailleurs. Je ne laisserai à personne, à aucune puissance étrangère, le droit de décider de qui serait Français et de qui ne le serait pas : Mayotte, c’est la France, Mayotte restera française.
Alors nous avons ensemble un pacte. Un pacte avec des droits et avec des devoirs. Je pense à la mise en place d’une nouvelle fiscalité. Je pense, mes chers amis, au respect scrupuleux de l’égalité homme/femme ou à l’existence d’une seule justice. Il n’y aura pas de surprises dans la mise en place de notre pacte, il n’y aura ni accélération, ni retards. La départementalisation de Mayotte se fera de façon « progressive » et « adaptée ». Et elle se fera.
Certains changements concrets auront lieu avant 2011. Ainsi, dès cette année, tous les mahorais bénéficieront des 10 chaines de la Télévision Numérique Terrestre, au lieu de la seule RFO. Dès cette année sera revalorisée l’allocation minimum vieillesse et l’allocation adulte handicapé. Je sais que les anciens ont, dans la culture mahoraise, une place à part. Ils sont dans une situation sociale précaire, qu’il serait injuste de ne pas prendre en considération. C’est pourquoi nous allons augmenter les plafonds pris en compte par la sécurité sociale pour calculer les pensions de retraite, afin qu’ils soient au niveau du Smic mahorais actuel. Le Smic mahorais a considérablement augmenté depuis 2004, et pendant ce temps-là les retraites restaient calculées sur la même base. Dès 2010, nous allons corriger cette injustice.
* Mais la départementalisation, et je veux vous parler franchement, c’est également plus de responsabilités. Je ne peux pas, en tant que Président de la République ne pas revenir sur les incidents qu’a connus Mayotte le 2 décembre dernier. Je suis ici pour vous dire la vérité. Les évènements du 2 décembre dernier ont fait du mal à Mayotte. L’opinion publique métropolitaine n’a pas compris qu’alors que Mayotte accédait au statut de département de France, certains Mahorais, une minorité, s’en prennent ainsi aux symboles de la République de la manière la plus violente et la plus intolérable qui soit. Un gendarme a été grièvement blessé par un jet de grenade. Il a failli mourir, son pronostic vital a été engagé. Une policière de la Police de l’Air et des Frontières a failli perdre la vie en étant lapidée par une trentaine de jeunes qui se sont acharnés sur elle à coups de pierres et de parpaings. Son collègue, qui l’a dégagée, a eu le bras cassé par la violence des coups. Le Centre de rétention administrative de Mayotte a été mis à sac, tandis que de nombreux européens étaient pris pour cible par les émeutiers. Voici ce qui s’est passé le 2 décembre. Mes chers compatriotes, des arrestations ont eu lieu. Je souhaite que les responsables et les organisateurs de ces débordements, je le dis ici à Mayotte – quel que soit leur rang, quel que soit leur statut – soient recherchés, soient jugés et soient punis. Tout ceci ne ressemble pas à Mayotte, et tout ceci n’est pas compatible avec un territoire de la République. Dans un département de France, on utilise les mots et pas les coups, le débat, pas la violence, le dialogue, pas l’affrontement, les élections, pas la loi du plus fort. |