MAYOTTE-OBSERVER
Informations et analyses


Résumé : Historique de l'archipel des COMORES.


Ces îles, situées dans le canal de Mozambique, entre la côte de Zanguebar(1) & de Madagascar , sont au nombre de quatre. Comeré qui en est la principale, et qui a donné son nom à ce petit archipel, est peu connue. Les portugais, qui, dans leurs premières expéditions, la découvrirent, y firent tellement détester, par leurs cruautés le nom des européens, que tous ceux qui ont osé s'y montrer depuis ont été massacrés ou fort mal reçus : aussi l’a-t-on entièrement perdue de vue. Celles de Mayotte et de Moëli ne font pas plus fréquentées, parce que les approches en sont difficiles, et que le mouillage n'y est pas sur. Les anglois ne relâchent qu'à l'île d'Anjouan. C’est- là que la nature, dans une étendue de trente lieues de contour, étale toute sa richesse avec toute sa simplicité.

 

Des coteaux toujours verts, des vallées toujours riantes y forment partout des paysages variés et délicieux. Trente mille habitants, distribués en soixante & treize villages, en partagent les productions. Leur langage est l'arabe ; leur religion un mahomérisme fort corrompu. On leur trouve des principes de morale, plus épurés qu'ils ne le font communément dans cette partie du globe.

 

L'habitude qu'ils ont contractée de vivre de lait & de végétaux, leur a donné une aversion insurmontable pour le travail. De cette paresse est né un certain air de grandeur, qui conduit, pour les gens distingues, à laisser croître excessivement leurs ongles. Pour se faire une beauté de cette négligence, ils les teignent d'un rouge tirant sur le jaune, que leur fournit un arbrisseau. Ce peuple né pour l'indolence, a perdu la liberté qu'il était sans doute venu chercher d'un continent voisin, dont il était originaire.

 

Un négociant arabe, il n'y a pas un siècle, ayant tué au Mozambique un gentilhomme portugais, se jeta dans un bateau que le hasard conduisit à Anjouan. Cet étranger se servit si bien de la supériorité de ses lumières, & du recours de quelques-uns de ses compatriotes, qu'il s'empara d'une autorité absolue que son petit-fils exerce encore aujourd'hui.

 

Cette révolution dans le gouvernement ne diminua rien de la liberté & de la sûreté que trouvaient les anglois qui abordaient dans l'île. Ils continuaient à mettre paisiblement leurs malades à terre, où la salubrité de l’air, l'excellence des fruits, des vivres & de l'eau les rétablissaient bientôt.

 

Seulement on fut réduit à payer plus cher les provisions dont on avait besoin, et voici pourquoi.

 

Les arabes ont pris la route d'une île où régnait un arabe. Ils y ont porté le goût des manufactures des Indes; et comme des cauris (2), des noix de coco, & les autres denrées qu'ils y prenaient en échange, ne suffisaient pas pour payer ce luxe, les insulaires ont été réduits a exiger de l'argent pour leurs bœufs, leurs chèvres, leurs volailles, qu'ils livraient auparavant pour des grains de verre, & d'autres bagatelles d'un aussi vil prix. Cette nouveauté n'a pas cependant dégoûté les anglois d'un lieu de relâche, qui n'a d'autre défaut que celui d'être trop éloigné de nos parages.

 

(1) La côte de Zanguebar est l'ancienne appellation d'une partie de la côte de l'Afrique orientale (aujourd'hui en Tanzanie, au Kenya et en Sud-Somalie), qui s'étendait le long de l'océan Indien entre la côte d'Ajan au nord et le Mozambique au sud (du 5e degré de latitude Nord au 11e degré de latitude Sud). Elle était principalement possession du sultanat d'Oman, et l'on y distinguait les États de Magadoxo, Mélinde, Zanzibar, Quiloa, etc

 

(2) Le cauris est un coquillage originaire des îles Maldives. Introduit en Afrique bien avant la pénétration coloniale, ce coquillage servait de monnaie dans les transactions commerciales, en remplacement du troc. Après la découverte de la monnaie métallique, le cauris a alors été utilisé pour diverses autres fonctions : parures, décorations et objets de divination.