MAYOTTE-OBSERVER
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Publié le 26 Novembre 2010 - 01h00


Les chroniques de l’Aérogare « Magnégnée » de Mayotte !


 

aérogare mayotte  

Future aérogare exterieur, intérieur

 

Le 24 novembre dernière s’est rendue à Mayotte une délégation de la société SNC Lavalin, futur concessionnaire de l'aéroport de Mayotte. La délégation menée par son président M. Youssef Sabeh, accompagnée des architectes métropolitains et du cabinet AMA concepteur du bâtiment principal s’est rendu au lieu du rendez-vous.

 

A l’ordre du jour une conférence de presse et la présentation détaillée du projet à l’état, maitre d’ouvrage, et aux élus de Mayotte. Chose étrange ! Cette fois, oui cette fois, on a bien voulu inviter les acteurs sociaux économiques et les élus Mahorais à venir assister à l’exposé du concessionnaire. Mais les élus locaux ne se sont pas présentés à cette « mascarade étatique ».

 

Il faut rappeler que le projet est on peut plus contesté depuis que les Mahorais ont appris que l’architecture principale était en bois et que la forme du bâtiment ressemble à s’y méprendre à une BANGA. C’est le sujet polémique d’actualité à Mayotte en ce moment.

 

En effet, force est de constater qu’encore une fois tout se décide à Paris. Les agents de l’état en charge du projet n’ont pas jugé utile d’associer les habitants de cette île au choix du concessionnaire et à l’architecture de l’aérogare.

 

Encore un mépris de l’état envers ces citoyens entièrement à part. Alors qu’en Métropole et sur tout le territoire l’état ne fait rien sans consultation du public, via les débats, les enquêtes ou les concertations, Mayotte fait exception en la matière ! Exceptions à l’égalité républicaine.

 

On continue à penser que ces Mahorais ne comprennent toujours rien et que seuls ceux qui viennent de Paris savent mieux que quiconque ce qui sera bien pour Mayotte.

 

Les élus et les acteurs sociaux économiques de Mayotte ont bien eu raison de ne pas se présenter à cette comédie tragique. A quoi ça sert d’aller à une réunion dont on vous a exclus de la partie la plus importante ? La définition et le choix du projet ! Pour ceux qui pensent qu’il s’agit d’une polémique stérile et politicienne, ils sont invités à faire une analyse plus profonde  et à chercher l’origine de cette défection.

 

Imaginez-vous que quelqu’un (état) vient chez vous et se met à faire de travaux que vous avez besoin sans vous demander quoique ce soit ? Quelle serait votre réaction ? Avec certitude vous ne vous laisserez pas faire et si vous n’avez pas la capacité de contester vous vous résignez. Le mot ici c’est la résignation !

 

Alors que certains journalistes locaux ne cessent de pointer du doigt les élus pour leur réaction, ils feraient sans doute mieux de comprendre qu’en France, un tant soit peu que Mayotte soit française, on ne fait rien sans débat public. Et comme le maitre d’ouvrage c’est l’état, ce débat aurait dû être instauré par le préfet ou son équipe. Or, l’équipe de Madame Moustoifa Anziza, nommée le 7 juillet dernier pour présider cette Commission Particulière de Débat Publique sur l’aéroport de Mayotte n’a pas encore pu s’installer, ni recueillir le moindre avis du villageois mahorais.

 

Encore plus grave aucune information à destination du public n’a été faite ! Pas d’affiche, pas de communiqué à la radio, ni à la télévision. Pas d’enquêtes publiques, pas de concertation avec les indigènes. La population Mahoraise n’apprenait les décisions, rien que les décisions de l’état, que par les journaux.

 

Pour ce qui est de l’architecture et la matière (le bois), il faut noter deux choses. Premièrement la forme du bâtiment ne relève pas d’une grande architecture pour aller chercher des architectes en métropole. Architecture ni ambitieuse ni innovante puisque cela ressemble à du déjà vu. L’ancienne aérogare « Banga » qui était en lieu et place était sans doute mieux ! C’est du pareil en neuf.

 

Pour l’utilisation du bois, on a vendu à l’état, puisque on ne peut pas dire qu’on a vendu aux mahorais, un bâtiment BBC, c'est-à-dire un bâtiment basse consommation. Le terme à la mode pour tous ceux qui veulent mettre une touche d’environnement dans leur projet. Le mot magique qu’on trouve partout et même là où on ne s’attend pas. Mais que sont ces besoins en énergie ? Mise à part l’alimentation des équipements vitaux (portique de sécurité, scanner, tri bagage…) il ne reste plus que la climatisation. Un gros consommateur d’énergie sous les tropiques. Bien sûr, le bois est un très bon barrage à la chaleur. Ce qui réduira considérablement la consommation de la climatisation.

 

Toutefois, devons nous privilégier le confort à la sécurité ? Il ne faut pas oublier que l’Aérogare est un ERP (Etablissement Recevant du Public) de catégorie 1. Les ERP sont soumis au respect d'un règlement de sécurité contre l'incendie.

 

Et sur ce point la loi n’autorise l’usage du bois qu’à hauteur de 12,5%, c'est-à-dire à titre des revêtements intérieurs. Grâce au  « Grenelle », les règles d'aménagement intérieur dans les ERP* ont changé (arrêté du 24 septembre 09). Elle spécifie l’utilisation du bois massif naturel.

                                                                                            

Bois massif naturel, c'est-à-dire sans aucun traitement particulier, avec quelques exceptions. Or, on ne peut pas faire une aérogare en structure bois sous les tropiques sans traitement fongicide, contre l’humidité, contre les eaux, et contre les chocs thermiques, rien que cela ! Ces traitements sont très inflammables déclassifiant ainsi la conformité de cette aérogare à la loi. A moins que la société SNC Lavalin nous sorte une innovation dernière cri !

 

Pour la démonstration les architectes ont soutenu que le bois est une matière noble utilisée dans certaines grandes infrastructures comme l’aéroport Roissy Charles-de-Gaule et autres. Mais oublient volontairement de dire que le bois ne sert, dans ces bâtiment, que pour la déco conformément à l’arrêté du 24 septembre 09. Les exigences en matière de sécurité incendie pour les ERP, n’étant pas négociables.

 

C’est encore ici la démonstration qu’on a pris les mahorais pour des vrais « Indigènes ».

 

Peut-on brader la sécurité des usagers de l’aérogare de Mayotte au profile de l’air conditionnée ?

 

Qu’en est-il de la solidité de l’ouvrage face aux cyclones ? Si l’architecture est faite, comme le disent les architectes, pour laisser entrer l’air, on notera que le cyclone c’est aussi de l’air à très forte vitesse et d’une puissance dévastatrice. A parier que dès le premier coup de vent beaufort  force 7, il n’y aura plus d’aérogare. Nous affirmons donc ici que la forme du bâtiment n’intègre pas les contraintes cycloniques de la région. 

 

L’inquiétude des élus mahorais et la société civile mahoraise est justifiée. Même si en dehors des ces arguments techniques et règlementaires, le coté esthétique n’est pas du tout au rendez-vous. Il y aura  des plaintes en l’air pour mise en danger de la vie d’autrui.

 

 

Suivez prochainement les chroniques de cette affaire qui hérisse les poils.