MAYOTTE-OBSERVER
Informations et analyses


Publié le 19 Octobre 2010


Mayotte, du provisoire en guise d’aérogare internationale !


Futur aéroport de Mayotte-prévu 2012 

Futur aéroport de Mayotte-prévu 2012

 

 

La consultation lancée par la DGAC pour la délégation de la gestion de l’aéroport de Mayotte vient de se conclure par l’attribution du Marché à la société SNC Lavalin en collaboration avec le cabinet d’architecture mahorais AMA, dirigé par Bertrand Garin, épaulé par le cabinet DRLW de Mulhouse.

 

Un projet d’un coût  global d’environ 45 millions d’euros, et devra générera sur les 15 ans  à venir environ 190 millions d’euros. Ainsi, début de l’année prochaine (janvier 2011), l’état cédera la gestion de cette infrastructure stratégique à un groupe privé qui a déjà fait ses preuves sur des nombreux aéroports en France Métropolitaine. La livraison de cette nouvelle aérogare « toutes options » est annoncée pour la fin de l'année 2012.

 

Pour les aspects techniques, peu d’information ont été livrées au public. On sait que l’aérogare fera approximativement 7.500 m², le bâtiment principal sera doté d’un étage, avec un accès aux avions par passerelles. Les salles d'embarquement et d'arrivée seront climatisées, le reste du bâtiment privilégiera une ventilation naturelle. L'actuelle aérogare, d'une surface de 1.250m², sera réaménagée en espace administratif. La répartition des masses financières semble équitable : 20 M€ pour la construction du bâtiment, et 20 M€ pour la réfection des raquettes de retournement, l'aménagement extérieur, l'éclairage, le VRD et le parking avions.

 

L’architecture extérieure, sur le profil latéral, sera faite en quatre plans (voir photo). Une légère ressemblance au profil d’un Banga ! Quant à la structure principale, elle privilégie le bois en ton naturel.

 

Voici donc ce que nous savons des aspects techniques de la chose. Et, pourtant, encore une fois les élus locaux et la société civile Mahoraise n’ont pas été associés au choix de l’architecture de ce bâtiment qui, en premier lieu, leur appartient.

 

Une commission pour le débat public a été pourtant mise en place. Pourquoi faire ? Donner l’impression d’impliquer la population !

 

Nous tentons d’apporter ici des analyses critiques sur ce projet et sur les informations qui sont mises à disposition. Il ne s’agit pas ici d’une critique du choix de la société SNC Lavalin, qui d’ailleurs nous reconnaissons la compétence en la matière contrairement à d’autres. Mais, purement des analyses critiques sur la future réalisation.

 

Premièrement, pour une superficie de 7.500 m2 tout compris, c’est un peu cher !  Peut-être que ce surcoût est dû à l’utilisation du bois comme matière principale de la construction ? Ce dernier nécessitant des traitements particuliers contre l’humidité tropicale, les pluies, la variation de température, les attaques par les insectes, mais aussi le vieillissement naturel, sans compter les méfaits engendrés par les usagers. Nous espérons que ces paramètres sont considérés dans la conception pour éviter de se retrouver avec le toit sur la tête.

 

Pour le même prix on trouve des architectures en structures métalliques et en verres, plus solides et plus durables. Et, sans parler des aspects modernes de ce genre d’architecture ! Dans le même ordre de grandeur de prix, le cabinet DRLW a conçu la nouvelle aérogare de l’aéroport de Brest-Bretagne pour 21,5 M€ HT avec une surface de 20 300 m2, l’aérogare internationale de Varty pour une superficie de 4 500 m2 et un coût 3 M€HT, l’aérogare de Pau-Pyrénées 10 000 m2 pour un coût de 13 M€HT et l’aéropole de l’aéroport de Strasbourg de 15 000m2 pour un montant de 9 M€HT

 

Comme le disait le directeur de SNC Lavalin, Yosseph Sabeh : « Nous avons choisi un ensemble qui s’intègre dans l’environnement». La première aérogare au monde qui se fait principalement en structure bois ?!...Un design qui laisse entrevoir des airs de grand Banga vu de l’extérieur et qui ne donne aucunement le modernisme souhaité par la population Mahoraise.

 

Quant au coût, même si seulement la moitié des 40 M€HT sont consacrés à la construction de l’aérogare, le prix est exagéré ! A Vatry on fait presque la même superficie pour six (6) fois moins cher et avec une architecture moderne, plus tous les équipements.

 

On apprend aussi que le bâtiment sera doté d’un étage. Que demander de mieux ? Par contre on ne nous dit pas comment on y accédera. Avec des escalators, des ascenseurs ou des escaliers tout simplement. Pourvu que cette aérogare ne soit pas interdite aux Personnes à Mobilité Réduite (PMR) !

 

Plus grave encore, et nous espérons que nous nous trompons dans notre analyse. Il n’est envisagé que 2 passerelles mono_hub pour l’embarquement - débarquement. Pour un aéroport qui reçoit actuellement 4 compagnies régulières, il faut dire que le projet n’est pas très ambitieux, ni pour l’avenir ni pour la situation actuelle. Ce qui est sûr, les autres compagnies devront attendre que les premières arrivées puissent vider leurs passagers, subir le nettoyage, embarquer les nouveaux passagers puis repartir pour une durée de 3 à 5 heures.

 

On voit ici que le paramètre augmentation du trafic est complètement ignoré. L’adaptation des passerelles pour les gros porteurs des A380 n’est pas prise en compte non plus.

 

Qu’en est-il des taxiways, les tarmacs, la partie de l'aéroport réservée au trafic et au stationnement des avions. Elle comporte 3 emplacements parkings éloignés de l’aérogare et des voies de circulation à sens unique où les avions n’auront pas à se bousculer, mais sortiront et entreront les uns après les autres. A vrai dire un trafic à minima alors qu’il y a assez de surface pour faire un parking de stationnement capable d’accueillir plus de 4 avions en même temps.

 

En conclusion, on a vendu à Mayotte un Banga en guise d’Aérogare internationale. Avec un coût 6 fois plus cher que les structures métalliques modernes et innovantes (voir Vatry), ce projet, cette architecture, reste très peu ambitieuse et ne prend pas assez en compte les évolutions du futur département de Mayotte. On dira tout simplement ici qu’il s’agit d’une aérogare « provisoire à long terme ». Après la quinzaine d’années de concession, on viendra sans doute refaire ou agrandir ce dernier. Pourvu que nous ayons tord !

 

Cela dit, si c’est le mieux disant qui gagne dans le cadre d’une consultation publique, on se demande ce que la compagnie Colas avait fournit ?

 

Nous continuons à faire des analyses critiques sur le reste des équipements de cette aérogare dès que nous aurions pris connaissance des détails. Nos analyses ne se limiteront certainement pas à la climatisation !